TF1 JT 20h

Un vent de révolte souffle en Vendée et en Charente-Maritime. La résistance des sinistrés de Xynthia s'organise et s'intensifie. Ils ont manifesté ce mercredi devant la préfecture de la Rochelle.

 

Europe 1

Jeudi 15 avril 2010 - 8h19

Royal rejoint la lutte des sinistrés

 

Elle a cosigné une "lettre ouverte" au président de la République demandant la "suspension du zonage".

Les sinistrés de la tempête Xynthia, en lutte pour contester les zones noires synonymes de démolition de leurs maisons, ont reçu jeudi soir un soutien de poids. Ségolène Royal, présidente de la région Poitou-Charentes, a en effet cosigné une lettre ouverte au pouvoir.

Dans une "lettre ouverte" adressée au président de la République et au Premier ministre, Ségolène Royal, les représentants de 33 communes et 9 associations de défense des victimes de la tempête du 28 février demandent "solennellement d'être respectés sur quatre points".

Faire des sinistrés des acteurs du zonage

La principale "exigence" des signataires est "la suspension du zonage et l'ouverture immédiate d'une concertation des maires et des associations avant un nouveau zonage sur la base d'une expertise contradictoire non contestée", a expliqué Ségolène Royal, appelant de ses vœux un processus de démocratie participative.

La lettre ouverte demande également "le déblocage immédiat des fonds promis" par le gouvernement, "le respect du principe de rapidité" concernant l'indemnisation à laquelle les habitants peuvent prétendre et "l'engagement d'un plan d'urgence des travaux sur les digues".

La mobilisation continue

Depuis la publication des zones noires, les manifestations de sinistrés se multiplient. "Xynthia nous a touchés, l'Etat veut nous couler", "Non aux démolitions, oui à la protection" ont crié mercredi une centaine de manifestants venus des villes sinistrées devant les portes de la préfecture, à La Rochelle.

Si bien que le préfet de Charente-Maritime, Henri Masse, a été contraint d'annuler mercredi soir une réunion d'information à Nieul-sur-Mer avec les sinistrés de la tempête Xynthia. Mardi soir déjà, une réunion très houleuse s'était tenue sur le même thème et en présence de Henri Masse à Saint-Georges d'Oléron. Les habitants concernés par la destruction de leur maison ont laissé éclater leur colère et des oeufs ont notamment été lancés contre la voiture du préfet.

Ségolène Royal a par ailleurs annoncé que la région Poitou-Charentes devrait mettre sur pied "un dispositif juridique de soutien" pour les communes et les associations.

SUD OUEST

Jeudi 15 avril 2010

En Charente-Maritime, les sinistrés de l'après Xynthia sont combatifs

Ils étaient plus de 250 habitants des communes « noires » ou « orange » à battre le pavé

 

Au milieu des mnifestants, devant la préfecture après-midi, à La Rochelle, Emmanuel Pineau, le marin-pêcheur de Charron. Toujours aussi remonté, avec la même envie de se battre pour garder sa maison. Au fil des jours, il ne faiblit pas. Même s'il a le moral en berne : « À Charron, la majorité veut vendre maintenant. Ils baissent les bras. »

Lui, non. Jamais. Alors, il se démène, un peu sur tous les fronts. Il cherche de l'aide.

Emmanuel Pineau a décidé de contacter Me Gilbert Collard. Hier matin, il lui a téléphoné et rendez-vous a été pris à Paris pour le 20 avril : « Je lui ai demandé qu'il nous défende pour que l'on reste dans nos maisons ».

Le marin-pêcheur sait que les honoraires de cet avocat risquent d'entamer sérieusement ses économies : « Il faut se donner les moyens. Je demande à tous ceux qui souhaitent rester dans leur maison de venir avec nous. Cela nous coûtera moins cher et l'union fait la force. »

À battre le pavé sous les fenêtres du préfet, ils sont plus de 250 habitants d'Aytré, des Boucholeurs, de Charron, de Fouras, de Boyardville. Certains sont disposés à vendre leur maison devenue inhabitable mais ils sont présents pour soutenir les autres.

Et dans l'île de Ré ?

On parle beaucoup d'injustice, de maisons rayées de la carte alors qu'elles ont à peine été mouillées. Aux Boucholeurs, notamment, les habitants défendent leur village et ne veulent même plus entendre parler de couleurs noire, orange, jaune : « On veut sauver tout le village. » Ils sont très agacés. Très remontés. Fatigués aussi. Mais combatifs.

Les slogans des banderoles sont explicites et traduisent la rancœur, le sentiment d'injustice : « L'État ne nous a pas protégés et, maintenant, il veut nous déporter » ou « Xynthia nous a touchés, l'État nous a coulés. » Les communes de l'île de Ré, épargnées, non par la tempête mais par la vague de démolition, sont très souvent citées.

Les maires solidaires

Parmi les manifestants, des maires solidaires qui attendent également d'être auditionnés par les sénateurs en mission (lire par ailleurs). Sylvie Marcilly, maire de Fouras et conseillère régionale, avoue « perdre patience » : « Cela fait plus d'une semaine qu'on m'a dit que la pointe de la Fumée était classée en zone orange et, depuis, on ne m'a donné aucune précision. J'ai demandé au préfet de m'informer du passage des experts. J'attends. »

Le cas de l'île d'Aix

Alain Burnet, maire de l'île d'Aix, est également présent. Mercredi matin, le préfet, Henri Masse, s'est rendu dans sa commune où il a rencontré les familles concernées par la démolition de 12 maisons. « Chacun a pu s'exprimer, poser des questions. Je lui ai demandé si, à son avis, on peut se trouver dans une situation d'extrême danger si l'on reste chez soi au-dessus du niveau de l'eau en attendant que ça baisse ? Et à plus forte raison s'il n'y a que 30 centimètres d'eau comme c'est le cas dans certaines habitations devant être détruites. J'ai l'impression que le préfet commence à douter. Il faudrait que l'on doute aussi au dessus de lui. »

Les manifestants sont restés plus de deux heures. Et il a été envisagé d'organiser une autre action sur le pont de l'île de Ré, samedi dans l'après-midi.