Jeudi 15 avril 2010
SUD-OUEST
Le périmètre des zones noires ne sera pas modifié mais selon Jean-Louis Borloo qui a rencontré les maires concernés à la préfecture à La Rochelle, l'interprétation qui en est désormais donnée est différente. C'est à dire que l'on ne peut plus considérer qu'il s'agit de secteurs de "destruction massive".
Dans ces zones, les habitants qui souhaitent vendre leur maison pourront, selon le ministre, entrer rapidement en négociation et "l'Etat garantit une reprise au prix du marché avant la tempête sans décote". Pour ceux qui veulent rester dans leur maison, une procédure sera engagée avec expertise, contre expertise et déclaration d'utilité publique au cas par cas. Le ministre a cependant précisé que des maisons seraient forcément démolies, avec le cas échéant des expropriations, lorsqu'on constatera que les habitants ne peuvent pas être protégés "d'un danger réel".
Les maires sont sortis de cette réunion un peu rassurés par cette ouverture permettant selon l'expression de Patrick Moquay (île d'Oléron) une "interprétation plus souple du dispositif présenté" mais ils ont l'intention de rester très vigilants
INFO LE POINT
La colère des sinistrés et des élus a donc été entendue. Il sera encore possible d'habiter dans les zones déclarées "noires" après la tempête
Xynthia. Selon nos informations, c'est ce qu'a affirmé jeudi le ministre de l'Écologie Jean-Louis Borloo à des élus de Charente-Maritime et de Vendée au cours de réunions en préfecture. Le
ministre met ainsi fin à un "malentendu" : il s'agit en réalité de "zones de solidarité" et "non de destruction massive", selon lui. En clair, les habitants pourront choisir de partir ou de
rester. Une mise au point qui intervient deux jours après les déclarations de François Fillon : le Premier ministre s'était montré inflexible sur le caractère définitif de la délimitation des
"zones noires" fixant les habitations à détruire après la tempête.
Cette volte-face ne modifie cependant pas la cartographie des zones à risques diffusée la semaine dernière. "Les zones définies sont bel et bien considérées comme dangereuses", confirme le député-maire UMP
de Châtelaillon, Jean-Louis Léonard, qui a assisté à la réunion organisée à la préfecture de Charente-Maritime jeudi matin. Le député Didier Quentin (UMP) renchérit : "Les habitations présentes
en zones noires ne vont pas automatiquement être détruites. Au contraire, les propriétaires de ces maisons vont enfin avoir des droits."
Un revirement inattendu
Selon Jean-Louis Léonard, les sinistrés concernés par ces zones noires vont donc avoir deux possibilités : s'ils veulent partir, ils négocieront le rachat de leur habitation par
l'État ; s'ils veulent tenter de rester, ils pourront expliquer aux experts comment ils entendent se protéger pour assurer leur sécurité. Dans la dernière hypothèse, les habitants pourront mettre
en avant "la protection naturelle" dont bénéficie leur maison ou alors proposer la mise en oeuvre de protections de façon individuelle ou collective "avec l'avis, voire le soutien" des
maires.
C'est au cours d'un déjeuner parlementaire partagé mercredi avec Nicolas Sarkozy que Jean-Louis Léonard a obtenu ce revirement inattendu. À cette occasion, le chef de l'État lui a réaffirmé que
sa priorité était de "sécuriser les habitants menacés de danger mortel, et non de les délocaliser et de détruire leur maison dès lors qu'on peut les protéger". Après cette mise au point
présidentielle, le député des Charente-Maritime a travaillé d'arrache-pied avec le Premier ministre François Fillon et Jean-Louis Borloo jusqu'à tard dans la nuit pour finaliser les
assouplissements décidés.
Des expertises contradictoires auront lieu
Parmi les ajustements concédés par le gouvernement figure une meilleure concertation avec les maires et les parlementaires de Vendée et de Charente-Maritime. "On va travailler avec eux", a
insisté jeudi Borloo. Le manque de dialogue avait justement été vivement critiqué lors de la diffusion de la carte des zones noires. Didier Quentin, qui est aussi maire de Royan, insiste : "Il y
a des assouplissements au sein des zones dites noires, parce qu'il faut tenir compte des avis des sinistrés et des élus. C'est très important."
Un bémol, toutefois, même si ces annonces devraient susciter l'espoir chez de nombreuses victimes de la tempête. "Des expertises contradictoires vont être effectuées pour savoir si les risques
sont réellement mortels dans les zones noires." Et, "si c'est le cas, alors il y aura des procédures d'expropriation", avertit Didier Quentin. L'ensemble de ces aménagements doivent être annoncés
officiellement d'ici à jeudi soir par Jean-Louis Borloo dans un courrier adressé à l'ensemble des élus de Charente-Maritime et de Vendée.