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Manifestation de sinistrés de Xynthia aux Boucholeurs, en Charente-Maritime

AFP - Dimanche 11 avril 2010 -11h54

Manifestation des habitants de Boucholeurs, le 11 avril 2010. 

Des centaines d'habitants des Boucholeurs, village à cheval entre les communes d'Yves et Châtelaillon-Plage touché par les inondations provoquées par la tempête Xynthia, ont manifesté à leur tour dimanche pour s'opposer à la destruction de leurs maisons.

"Raser non, endiguer oui!", clamait une banderole brandie par des habitants, a constaté un photographe de l'AFP. Un défilé a rassemblé entre 400 personnes, selon les gendarmes, et 600, selon l'association de sauvegarde du village des Boucholeurs. Samedi, une manifestation avait déjà réunie environ 350 personnes à Fouras, commune située plus au sud.

Selon la cartographie publiée par la préfecture de Charente-Maritime, "environ 80 maisons" des Boucholeurs (qui en compte environ 600) sont classées en zone noire (décrétée inhabitable), a affirmé Michel Le Bozec, président de cette association. Les autres sont situées en zones jaune (la population peut y rester mais avec des "prescriptions claires") ou orange (nécessitant une expertise complémentaire pour être classée en jaune ou noire).

"On essaie de ne pas se mettre en colère, de rester le plus calme possible, mais on va demander le retrait pur et simple des décisions de l'Etat", a indiqué M. Le Bozec, précisant que des conchyliculteurs s'étaient également joints à cette manifestation.

Fabrice Dykczyk, habitant dont la maison a été classée en zone jaune, a souligné qu'il "y a(vait) d'autres solutions" que de raser les maisons, notant que la construction d'une digue reviendrait "moins cher que d'exproprier les gens". "La loi Barnier (sur le littoral) est de notre côté", a-t-il ajouté, précisant que cette loi prévoit qu'il "faut d'abord voir s'il est possible de protéger avant d'expulser".

"Orange, jaune, noire, on est tous là pour essayer de sauver notre village, c'est un village qui a plus de 150 ans", a-t-il conclu.

 


YVES (AFP) - © 2010 AFP

 

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SUD OUEST - 12 avril 2010

Hier matin, aux Boucholeurs, les riverains de la zone noire et leurs partisans étaient plusieurs centaines à défiler. PHOTO XAVIER LEOTY

Le président de l'Association de sauvegarde des Boucholeurs, Michel Le Bozec, pouvait afficher sa satisfaction, hier après-midi. Son appel à manifester a été suivi par plus de 400 personnes (350 selon la gendarmerie, 600 selon les organisateurs).

Le cortège s'est rassemblé sur la place du bourg avant de se diriger, dans le calme, jusqu'à Châtelaillon, accompagné de deux ostréiculteurs avec tracteurs et chalands. Les maires des deux communes dont dépend ce village de pêcheurs durement touché par Xynthia, Jean-Louis Léonard (Châtelaillon) et Didier Roblin (Yves), étaient présents.

 « Annulation pure et simple »

Selon la cartographie établie par la préfecture, sur les quelque 500 maisons des Boucholeurs, 200 seraient menacées, dont 80 en zone noire. Mais qu'on les dessine en jaune, orange ou noir, les habitants ne veulent pas en entendre parler. « Endiguer, oui ; raser, non », proclamait une banderole. « On ne laissera pas détruire notre village », a martelé Michel Le Bozec. « On essaie de ne pas se mettre en colère, on reste le plus calmes possible, mais on demande l'annulation pure et simple des décisions de l'État. » Des propos soutenus par Jean-Louis Léonard qui demande l'application de la loi Barnier (lire en page Faits divers).

Fouras en sursis

La veille, au pied de la mairie de Fouras, les riverains menacés de la pointe de la Fumée avaient, eux aussi, rassemblé plusieurs centaines de partisans réclamant, notamment, la démission du préfet. Pour l'heure frappés par l'angoissant sursis d'une zone orange susceptible de virer au noir du jour au lendemain, ceux-ci assurent qu'une bonne partie de ces 104 maisons avaient paradoxalement été épargnées par la tempête. « Que les experts incompétents de l'État comprennent bien que l'on ne meurt pas dans dix centimètres d'eau. Le préfet va tuer Fouras alors que depuis un siècle résidents, ostréiculteurs et touristes y vivaient ensemble paisiblement. » Dans l'attente du verdict, la maire (UMP) de Fouras exige désormais un diagnostic au cas par cas des maisons en sursis. « Jusqu'à présent tout a été fait à la hache », s'emporte Sylvie Marcilly. « Pourtant, le plan de prévention des risques naturels était sur le point d'aboutir avant le passage de Xynthia, et nous savons que des aménagements sont possibles et efficaces pour se protéger contre la mer. Sauf que le préfet semble avoir bien mal interprété le message de Nicolas Sarkozy. J'attends donc à nouveau ses experts, et de nouvelles méthodes d'évaluation des risques, et je n'ose donc imaginer que la préfecture envoie ici ses pelleteuses détruire des maisons qui ont résisté à la tempête. »

Hier soir, le ministre de l'Intérieur semblait d'ailleurs sur le point d'accepter le réexamen de certaines zones noires, comme le réclame notamment son collègue Dominique Bussereau, président d'un Conseil général qui ouvre ce matin sa session parlementaire

Charente-Libre 12 avril 2010

C'est une digue qui pourrait bien devenir infranchissable que les sinistrés de la tempête Xynthia sont en train de bâtir. Depuis l'annonce jeudi dernier par les autorités des zones noires décrétées inhabitables après les inondations du 28 février, la fronde prend de l'ampleur de jour en jour en Charente-Maritime. Ils étaient 350 habitants de Fouras à manifester samedi. Ils étaient au moins le double hier aux Boucholeurs, village à cheval entre les communes d'Yves et Châtelaillon-Plage. Ils promettent d'être des milliers samedi prochain à La Rochelle et sur le pont de l'île de Ré.

Ces sinistrés veulent que l'Etat entende leurs cris pour dire non à la destruction de leurs maisons. Ils partagent le même écoeurement après la décision qu'ils jugent «unilatérale» et «sans concertation» de rayer de la carte un peu plus de 1 500 maisons sur le littoral (595 en Charente-Maritime et 915 en Vendée).

Aux Boucholeurs, l'état de choc des premiers jours d'après Xynthia a laissé place, depuis l'annonce des zonages, à une colère noire. Aussi noire que ces zones décrétées inhabitables qui devraient conduire à la destruction de 89 maisons de ce petit village qui en compte 600. Hier, dans les rangs de la manifestation, les mots étaient durs, les critiques acerbes derrière une banderole qui claque au vent: «Raser non, endiguer oui!»

«Quand on a vu le président Sarkozy venir ici, on s'est dit c'est foutu. Il est resté quelques minutes et il a décrété: "On peut pas laisser ça comme ça". Conclusion, on veut détruire des maisons qui ont 200 ans pour certaines en vertu du principe de précaution. C'est complètement absurde. Est-ce qu'on ferme les autoroutes parce qu'il y a des accidents dessus?», peste Yves Rivet dont la maison est en sursis. En zone «orange», c'est-à-dire qu'elle doit faire l'objet d'une expertise complémentaire avant d'être classée en noire (inhabitable) ou en jaune (où le risque peut être maîtrisé).

Union et mobilisation

pour faire céder l'Etat

Un conchyliculteur, lui, voit rouge. «Les fonctionnaires, quand ils ne font rien, ils nous font chier. Mais quand ils bossent, ils nous font encore plus chier. Leur zonage, c'est n'importe quoi. On se laissera pas faire.» Thomas Rith, autre professionnel ancré aux Boucholeurs: «Moi, ma maison, elle est déjà refaite. Des copains sont venus m'aider et les travaux sont finis. Pas question que je parte.»

Dans le concert de critiques, Michel Le Bozec, président de l'association de sauvegarde du village des Boucholeurs, veut croire que les décisions annoncées peuvent encore être modifiées. «Détruire, ça ne servirait strictement à rien ici. Il faut conforter la digue, l'agrandir, aménager des brise-lames et on sera à l'abri de toutes les tempêtes. Et ça coûtera moins cher que d'indemniser les sinistrés.» Aux Boucholeurs, des chiffres circulent. «Avec 1 million d'euros, on peut faire un kilomètre de digue. Avec 5 millions, on est tous protégés.» Les habitants veulent également que la réserve du marais d'Yves toute proche accepte la construction d'une digue, jusque-là repoussée. «La majorité de l'eau est entrée par là. Les oiseaux et les petits lapins c'est bien gentil, mais il faut être responsable», ajoute Thomas Rith.

Michel Le Bozec, qui travaille au conseil général de Charente-Maritime présidé par Dominique Bussereau (lire encadré), reste optimiste: «On va demander le retrait pur et simple des décisions de l'Etat. Il faut des solutions cohérentes avec la situation réelle des risques pour les personnes et les biens.» Il attend, comme les autres sinistrés, la réunion convoquée par Nicolas Sarkozy mercredi à Paris. Et, comme les habitants du village, il en est persuadé: «C'est en s'unissant et en restant mobilisé qu'on fera céder l'Etat.» Une réunion est prévue mercredi avec Ségolène Royal, la présidente de la Région, une autre vendredi avec la douzaine de présidents d'association de Charente-Maritime. Une «grosse» manifestation se prépare samedi prochain à La Rochelle. Certains souhaitent bloquer le pont de l'île de Ré.

RTL 12 avril 2010